90 %Localisées au membre inférieur
M2–M3Métatarses les plus souvent atteints
6–8 sem.Délai moyen de consolidation

Physiopathologie

La fracture de stress résulte d'un déséquilibre entre la charge mécanique imposée à l'os et sa capacité de remodelage. Lorsque les microtraumatismes se succèdent plus vite que l'os ne peut se réparer, une ligne de fracture progressive se constitue [1].

On distingue deux mécanismes [2] :

  • Surcharge mécanique sur un os sain : augmentation trop rapide du volume ou de l'intensité d'entraînement, changement de surface ou de chaussage
  • Os fragilisé soumis à des charges normales : déficit énergétique relatif (RED-S), ostéoporose, carence en vitamine D, troubles hormonaux (triade de l'athlète féminine)

Localisations et niveaux de risque

Fractures à faible risque

Métatarses 2 à 4 (sauf la base du 5e), calcanéum, péroné distal. Consolidation habituellement favorable avec 4 à 6 semaines de décharge relative [3].

Fractures à haut risque

Ces localisations présentent un risque élevé de non-consolidation ou de refracture et nécessitent une prise en charge plus prudente, parfois chirurgicale [4] :

  • Os naviculaire : délai de consolidation long, risque de pseudarthrose élevé si non traité correctement
  • Base du 5e métatarse (zone de Jones) : zone hypovasculaire, non-consolidation fréquente
  • Face antérieure du tibia (dreaded black line) : fracture en tension, risque de fracture complète
  • Sésamoïdes : très difficiles à consolider

Point clé : Une douleur localisée à la palpation précise d'un os, apparaissant ou s'aggravant à l'effort et disparaissant au repos, doit faire suspecter une fracture de stress jusqu'à preuve du contraire. La radiographie est souvent normale dans les 2–3 premières semaines : l'IRM est l'examen de référence.

Facteurs de risque biomécaniques

  • Pied creux : surcharge des métatarses par réduction de la surface de contact
  • Métatarse long (formule index plus) : concentration des contraintes sur M2
  • Pied plat sévère : transfert de charge sur les métatarses centraux
  • Chaussures usées ou insuffisamment amorties
  • Transition vers le chaussage minimaliste trop rapide
  • Course sur surfaces dures (bitume, carrelage)

Traitement et retour à la course

Phase aiguë (0–4 semaines)

  • Arrêt complet de la course et des activités en appui
  • Décharge partielle avec semelle rigide ou botte plâtrée selon la localisation et la sévérité
  • Maintien de la condition physique par natation ou vélo en eau (non-portant)

Rôle des semelles orthopédiques

À la reprise progressive, les orthèses plantaires jouent un rôle préventif essentiel [5] :

  • Appui rétro-métatarsien pour réduire les contraintes sur M2–M3
  • Correction biomécanique du pied prédisposant (creux ou plat)
  • Amortissement des forces d'impact au sol

Protocole de retour à la course

Le retour à la course suit un protocole progressif de 6 à 12 semaines selon la localisation [6,7] :

  • Critères de reprise : absence de douleur à la marche rapide, IRM ou scintigraphie montrant une consolidation
  • Semaine 1–2 : marche rapide 30 min alternée avec course 1 min toutes les 10 min
  • Semaines 3–6 : progression de 10 % par semaine selon la règle de Nielsen et al. [8]
  • Retour aux entraînements normaux au-delà de 8 semaines

Attention : Une reprise trop précoce après une fracture de stress de l'os naviculaire ou de la base du 5e métatarse peut conduire à une fracture complète nécessitant une chirurgie. Le délai de consolidation doit être vérifié par imagerie avant toute reprise.

Références scientifiques

  1. Pegrum J., Crisp T., Padhiar N. The pathophysiology, diagnosis, and management of foot stress fractures. Sports Health, 2024 · 16(1) : 47–56
  2. Nattiv A. et al. American College of Sports Medicine position stand: the female athlete triad. Medicine & Science in Sports & Exercise, 2007 · 39(10) : 1867–1882
  3. Arendt E., Agel J., Heikes C., Griffiths H. Stress injuries to bone in college athletes. Clinical Journal of Sport Medicine, 2003 · 13(4) : 222–228
  4. Boden B.P., Osbahr D.C. High-risk stress fractures. JAAOS, 2000 · 8(6) : 344–353
  5. Bonanno D.R. et al. Effectiveness of foot orthoses and shock-absorbing insoles for the prevention of injury. BJSM, 2017 · 51(2) : 86–96
  6. Diebal A.R. et al. Forefoot running improves pain and disability associated with chronic exertional compartment syndrome. Am J Sports Med, 2012 · 40(5) : 1060–1067
  7. Crowell H.P., Davis I.S. Gait retraining to reduce lower extremity loading in runners. Clinical Biomechanics, 2011 · 26(1) : 78–83
  8. Nielsen R.O. et al. Training errors and running related injuries. Int J Sports Phys Ther, 2012 · 7(1) : 58–75
  9. Malisoux L. et al. Spatiotemporal and GRF characteristics as risk factors for running-related injury. SJMSS, 2020 · 30(10) : 1853–1861

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